Le journal des femmes au foyer

Pour toutes celles qui ne sont plus des anonymes qui travaillent dans l'ombre...

05 novembre 2006

Le choix de rester au foyer

Suite à un sondage sur le forum de Marie-Claire voir ICI

Dans notre société qui privilégie toujours plus de productivité et où la reconnaissance passe par l'argent, il nous semble nécessaire de rémunérer les personnes qui se consacrent à leur foyer. Si la femme ne travaille pas, elle n’apporte rien en termes économiques, et vivre à l’heure actuelle avec un seul salaire n’est pas toujours chose aisée. Pas de souci si le conjoint gagne bien sa vie, mais c’est loin d’être la majorité… N’oublions pas que si certaines femmes au foyer retournent travailler, c’est très souvent pour des raisons financières. Or, beaucoup de mamans (ou de papas) veulent pouvoir avoir le choix de rester à la maison et s’occuper de leurs enfants, et pas parce qu’elles ne désirent pas travailler. Avoir le choix est ici le maître mot. 

EDUQUER, c’est un JOB ! 

S’occuper du foyer est un vrai travail, et s’il était exécuté dans une autre famille, la femme serait considérée comme une "gouvernante" (ou assistante maternelle) et serait par conséquent payée. Pourquoi donc travailler pour une société est-il le synonyme d’être active? Une femme au foyer ne fait-elle rien? Un changement dans les mentalités s’impose! Il est alloué, à juste titre d'ailleurs, puisque l'éducation des enfants coûte cher au foyer, des allocations aux personnes qui ont fait le choix de continuer une activité salariée, allocation destinée à les soulager de la charge financière que demande la garde à l'extérieur des enfants (ou l’emploi d’une nounou). Pourquoi n’est-ce pas le cas pour les foyers ayant choisi l'option que l'un des parents reste au foyer? S'il est normal d'aider les familles dont les deux parents travaillent à payer ces moyens de garde, il est normal aussi d'aider les familles où l’un des deux reste au foyer. Sinon, c'est un système inégalitaire et la reconnaissance passe aussi par un traitement égalitaire!
Indépendamment de l’éducation des enfants et des tâches ménagères (même s’il est réducteur d’assimiler les femmes au foyer à cela), beaucoup de femmes au foyer ont une multitude d’activités pour le bien de la communauté: elles sont bénévoles, s’occupent de leurs parents âgés, font partie des associations de parents d'élèves ou autres, gardent les enfants de leurs amies occupées, font les courses des voisins… Ne pas travailler n'est pas du tout un choix égoïste comme beaucoup peuvent le penser! Donc oui à une reconnaissance de notre utilité publique, demandent les femmes au foyer.

Femme au foyer RECONNUE comme un VRAI STATUT dans les papiers officiels

Les femmes au foyer en ont assez de devoir cocher "autre", "sans profession" ou “divers” dans les formulaires administratifs. Une femme au foyer est une personne à part entière, qui n'existe pas seulement à travers son mari et ses enfants. Ce qui compte c'est d'être reconnue, d’obtenir un vrai statut. Qui dit statut dit droits, lesquels seraient: retraite, une vraie couverture sociale, un numéro de sécurité social (et pas celui du conjoint), des réductions ou des entrées gratuites pour les musées, les cinémas,… comme pour les chômeurs – qui eux ont une indemnité et entrent au Louvre gratuitement, et aussi la possibilité de pouvoir suivre des formations à moindre frais, de pouvoir inscrire ses enfants à la cantine... L'idéal évidemment serait d'être à l'abri du besoin (décès du conjoint, divorce, maladie …). Sans aide financière, la femme au foyer risque d’être à la charge des enfants, ce qui n’est pas leur but (ni celui des enfants très probablement). Ces mêmes enfants qui, tout le monde en convient, doivent être correctement entourés, et cela tout au long de leur éducation. Les enfants sont les travailleurs de demain... Favoriser le choix du nombre d'enfants et du mode de vie des parents, c'est faire en sorte que chacun s'épanouisse...

Dans la pratique

Concrètement, pourquoi ne pas prendre comme base le Complément de Libre Choix d'Activité, (depuis la mise en place de la PAJE en France, les familles ont le choix entre une allocation de "libre choix du mode de garde" si le ou les enfants sont gardés ou une allocation de "libre choix d'activité" si congé parental (sous certaines conditions, selon certains revenus: si le parent a travaillé suffisamment avant la naissance de bébé, il a droit à 6 mois d’allocation (500€ environ) pour le premier enfant et 3 ans (même tarif ou presque) pour les suivants... et l’augmenter et en durée et en montant en y incluant des cotisations retraites et veuvage? Il faudrait peut-être étudier la question au cas par cas, c'est-à-dire en fonction des revenus du foyer et des revenus annexes comme par exemple des immeubles en location.
Une allocation unique, regroupant les allocations familiales et les aides diverses, pour tout le monde mais donnant droit à la retraite pour ceux qui ne travaillent pas, serait un compromis. Pour tout le monde, car dans les foyers où les deux parents travaillent, l’aide reçue s’arrête au bout de quelques années. Une seule allocation, cela ferait des économies de paperasserie et de traitement, ce qui aiderait à trouver les fonds! Avec cette allocation, plus de femmes resteraient à s’occuper de leurs enfants, impliquant moins de frais de garde remboursés par l'état, moins d'arrêt maladie de femmes en dépression (entre autres) et surtout il y aurait moins de femmes indemnisées aux assedic (alors qu'elles sont femmes au foyer),  ce qui permettrait d'arrêter l'hypocrisie actuelle. Il est beaucoup plus valorisant pour des adultes parents d'être reconnus pour ce qu'ils choisissent d'être (élever leurs enfants) qu'être reconnus pour ce qu'ils ne sont pas (demandeurs d'emploi). Plus il y aura de femmes (ou d’hommes) qui choississent de rester au foyer, plus il y aura de postes libres pour les gens qui en cherchent...
Quant à l’intitulé de cette rémunération, il nous semble que le terme “salaire” n’est pas approprié, parce que les femmes au foyer ne désirent pas être salariées mais bien percevoir une aide financière. Allocation parentale d’éducation, allocation parentale de libre choix, prestation de présence parentale ou autre, peu importe finalement.

Ce texte est la synthèse des arguments en faveur d'une aide financière pour les parents au foyer de femmes partageant leur vécu sur le forum http://femmeaufoyer.dynamicforum.net/portal.forum

Posté par damouredo à 11:14 - LES TEXTES sur la mère et la femme au foyer - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 décembre 2005

Oui au salaire pour le parent au foyer

Dans un sondage mené en 2001 par La Presse, SOM et Radio-Canada, pas moins de 82% des personnes sondées se disaient «très» ou «assez» favorables à l’octroi d’un salaire au parent qui reste au foyer pour s’occuper de jeunes enfants. Les spécialistes, eux, s’indignent. Irréaliste et rétrograde, disent-ils d’une même voix.

Au Québec, l’idée est surtout véhiculée par les Bérets blanc qui réclament depuis près de 20 ans 12 000$ pour la femme au foyer. Ils disent s’inspirer en cela de la Charte de la famille élaborée par le Saint-Siège en 1983. Cette charte fait la promotion de mesures sociales «telles que les allocations familiales ou la rémunération du travail d’un des parents au foyer (qui) doit être telle que la mère de famille ne soit pas obligée de travailler hors du foyer, au détriment de la vie familiale, en particulier de l’éducation des enfants».

Selon Thérèse Tardif, porte-parole des Bérets blancs, «les mères vont travailler parce qu’elles y sont obligées, parce qu’un salaire ne suffit plus. Personne, cependant, ne saurait remplacer une mère auprès de ses enfants».

Cette perspective de rémunérer un parent au foyer fait rager Jean-Luc Migué, président du conseil scientifique de l’Institut économique de Montréal. De la plus stricte obédience néolibérale, M. Migué soutient qu’«avoir une famille est un choix. Un enfant n’est pas un bien social et ne rapporte rien à la société».

De manière moins controversée, il rappelle de toute manière que l’État n’en aurait pas les moyens et que les gens penseraient tout autrement s’ils savaient ce que cette mesure leur coûterait en impôts.

Améliorons plutôt les horaires de travail, mettons en place un vrai congé de maternité et de bons congés parentaux, adaptons mieux les services publics aux besoins des familles, prône de son côté Carole Gingras, directrice du service à la condition féminine de la Fédération des travailleurs du Québec. «Le monde continue de s’adapter au marché du travail. Ce devrait être l’inverse.»

(Source : Louise Leduc, La Presse, édition du 8 mars 2001)
Source : Le Petit monde

08 décembre 2005

Une longueur d'avance au Canada ?

La reconnaissance du travail de la femme à la maison: une affaire d'État

L'égalité sociale passe par l'égalité des rapports familiaux. L'épanouissement de la femme dépend d'une reconnaissance concrète de son travail à la maison comme apport aux patrimoines familial et social. Préoccupé par cette problématique, les Cercles de Fermières fait un appel aux appareils étatiques pour corriger cette situation d'injustice.

Cette organisation qui compte avec 69 000 membres à travers toute la province est concernée par le sort des femmes en général dans tous les secteurs et pas seulement dans celui de l'agriculture (les membres appartenant à cette catégorie constituent aujourd'hui une minorité).

Madame Huot, présidente des Cercles de Fermières, considère que l'autonomie recherchée par la femme est un objectif commun à tout être humain. L'épanouissement de la femme au sein du couple, de la famille et de la société dépend de sa prise de conscience de l'importance de son autonomie.

L'égalité sociale tant valorisée par notre société qui se veut démocratique doit commencer, en effet, à la cellule familiale où se trouvent, en petits échantillons, les rapports que la société traduit.

Dans cette société où la plupart des rapports ont une valeur marchande, le travail de la femme au foyer, parce que n'étant pas rémunéré, se bute à de nombreuses difficultés pour se faire valoir. La source principale de la non-reconnaissance du travail de la femme au foyer provient, en effet, de la société, affirme la représentante des Cercles de Fermières, madame Larouche. Le travail qui ne comporte pas de salaire en bout de ligne est dévalorisé et considéré comme "minable".

L'État et la reconnaissance du travail de la femme au foyer

L'État ne reconnaît pas le rôle fondamental de la femme en tant qu'éducatrice et formatrice de la nouvelle génération. Cette attitude semble aller à l'encontre des objectifs d'un État aux prises avec un grave problème de dénatalité.

L'État se doit de contribuer au manque de ressources du ménage. Le mari a beau avoir la volonté de reconnaître le travail de la femme à la maison, il se voit empêché, ses ressources étant limitées, de traduire cette reconnaissance en salaire pour sa conjointe. Avec étonnement, on constate même que le système fiscal favorise davantage les gens séparés et divorcés que ceux qui sont mariés.

Les femmes des Cercles de Fermières considèrent, toutefois, qu'un pas vers le redressement de cette situation a été franchi avec l'entrée en vigueur le 1er juillet 1989 de la loi 146 sur le partage du patrimoine familial. Avec cette nouvelle loi, on vient remédier à la loi de 1980 sur le divorce qui permettait facilement le mariage en séparation de biens. La loi de 1980 reconnaissait de façon symbolique le travail de la femme au foyer; cependant, elle ne lui octroyait pas de valeur pécuniaire. Lors d'un divorce, le travail de la femme ne comptait donc pas en tant que contribution au patrimoine familial, sa valeur monétaire n'ayant pas été définie.

La loi 146 de 1989 tend à remédier à cette situation. "Lorsque le droit à la prestation est fondé sur la collaboration régulière de l'un des époux à une entreprise, que cette entreprise ait trait à un bien ou à un service, et qu'elle soit ou non à caractère commercial, la demande pour une prestation compensatoire peut être faite dès la fin de la collaboration, si celle-ci est causée par l'aliénation, la dissolution ou la liquidation volontaire ou forcée de l'entreprise." ("Fiche technique sur la loi favorisant l'égalité économique des époux." Secrétariat à la condition féminine. Le 7 août 1989).

Avec l'amendement à la loi du divorce du 1er juillet, les époux sont considérés responsables à parts égales des biens conjugaux. La loi "vise à concrétiser, sur le plan économique les principes d'égalité juridique des époux... elle a pour objectif précis de permettre que le seul fait du mariage emporte constitution d'un patrimoine familial, formé de certains biens des époux sans égard à celui des deux qui détient un droit de propriété sur ces biens." (Fiche, loc. cit.)

Ce ne sont pas, cependant, tous les biens qui composent le patrimoine familial. Selon la nouvelle loi, il s'agit de:
- la résidence principale et la (ou les) résidence(s) secondaire(s) servant à la famille ou les droits qui confèrent l'usage de ces résidences (ex. : actions d'une compagnie propriétaire de la résidence principale)
- les meubles affectés à l'usage du ménage qui garnissent ou ornent ces résidences
- les véhicule automobiles utilisés pour les déplacements de la famille
- les gains inscrits, durant le mariage, au nom de chaque époux dans un régime public de rentes (ex. : Régime de rentes du Québec, Régime de pension du Canada)
- les droits accumulés, durant le mariage, au titre d'un régime de retraite.

Les mariés en société d’acquêts - tous les couples mariés après le 1er juillet 1989 et tous ceux mariés avant cette date "à moins qu'ils ne manifestent, d'ici au 31 décembre 1990, par acte notarié ou par une déclaration judiciaire conjointe, faite au cours d'une instance en séparation de corps, divorce ou nullité de mariage, leur volonté de ne pas y être assujettis en tout ou en partie" - doivent au moment du divorce partager leurs biens à parts égales. Ceux qui ont spécifié dans leur contrat de mariage la société en séparation de biens feront le partage en conséquence.

Chacun contribue à sa façon à l'enrichissement du patrimoine familial, y compris par le travail non-rémunéré au foyer. C'est la femme qui souvent contribue le moins au patrimoine familial car c'est elle qui prend des congés de maternité et qui reste à la maison pour garder les enfants; c'est pourquoi on est porté à ne pas admettre son apport au même titre que celui du mari.

Il faut que la société québécoise reconnaisse entièrement l'importante contribution de la femme à la cellule familiale. Tant qu'on ne la reconnaîtra pas, la famille continuera d'être traversée par de grands conflits.

Avec la loi 146, la femme en cas de rupture ne se trouvera plus totalement démunie. Elle n'aura pas l'impression d'avoir travaillé pour rien. D'après le système de société de biens permis par la loi désormais caduque, la séparation des biens ne s'effectuait souvent qu'au moment du décès d'un des conjoints; le partage devait se faire, s'il y avait lieu, avec des héritiers. Depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle loi, le partage des biens se fait au moment du divorce; ce partage devra être calculé lorsqu'un conjoint introduit une "instance en séparation de corps, divorce ou nullité de mariage".

La ministre déléguée à la condition féminine, madame Monique Gagnon-Tremblay, n'a pas tenu la promesse faite aux femmes collaboratrices lors de la campagne électorale concernant l'octroi d'une compensation pour des années travaillées avec leurs conjoints. "Madame Gagnon-Tremblay a entretenu cette promesse-là pendant quatre ans et elle dit maintenant que c'est irréaliste. Elle ne propose rien en échange." affirme la présidente des Cercles de Fermières. Déçu de cette promesse non-accomplie et de la réaction de la Ministre, les Cercles de Fermières compte faire état de son indignation au moyen d'une protestation écrite.

Inspirer des changements?

La société est confrontée à des choix importants. Pourquoi l'idée de bénévolat revient-elle quand il est question du travail non-rénuméré fait par la femme au foyer ? Devrait-il exister des écoles de parents afin que la société prenne aux sérieux le travail de la femme au foyer et lui alloue un salaire ?

Quel serait l'avenir d'une société qui ne s'occupe pas du sort des enfants qui grandissent ? Élever des enfants ne devrait pas être l'apanage exclusif des parents; c'est aussi l'affaire de l'État. Ce n'est pas de la charité que d'aider la famille. Ici, il faut que l’État reconnaisse la véritable importance du rôle de la femme et pas seulement d'une façon symbolique. La remercier pour le travail accompli n'est pas suffisant. Pour venir à bout des besoins de sa famille, elle devrait pouvoir compter sur une aide pécuniaire de l'État.

Avec une telle reconnaissance, la femme pourrait avoir le choix de travailler hors de la maison ou d'y rester pour partager les plus belles années de ses enfants. Sans cette reconnaissance déterminante, il semble impossible d'atteindre le changement structurel nécessaire pour que l'homme participe aussi au processus de développement de l'enfant. Il s'agirait ici de réformes dans le code du travail visant, entre autres, à l'octroi des congés de paternité. D'autres sociétés ont déjà amorcé de tels changements. Qu'attendons-nous pour nous inspirer de ces exemples?

Les réformes structurelles passent-elles par un changement de mentalité ou bien faudrait-il encourager le changement par le haut, c'est-à-dire par l'État?

Une véritable volonté de reconnaître le rôle de la femme au foyer doit se traduire par un système de lois qui régisse un accès plus vaste aux programmes sociaux: congés de maternité et de paternité, aide économique à la mère au foyer, facilité d'un retour sur le marché du travail ou aux études.

Madame Noëlla Huot
Présidente

Madame Larouche-Dubois
Les Cercles de fermières

Source : Satellite Famille et travail

17 novembre 2005

NI MERE AU FOYER ! NI SALARIEE !

Tract distribué le 1er mai en Avignon par "les Femmes Maudites"


Le système capitaliste, vaste machine à exploiter les hommes sous prétexte de progrès, n'a pas oublié les femmes. Et comment pourrait-il les avoir oubliées alors qu'elles constituent, à ses yeux, la plus belle armée de réserve jamais imaginée, la plus invisible, la moins revendicatrice, la plus malléable et consciencieuse ? Comment ne pas profiter des fruits d'une éducation qui leur a retranché le droit à la parole, leur a dénié un rôle actif dans l'histoire, les a amenées à observer le silence (ferme ta gueule, tais-toi et travaille !) ?

Le travail des femmes sert largement le système capitaliste puisqu'il peut piocher allègrement dans cette armée de réserve et la sous-payer. Par ailleurs, il perpétue la domination en instaurant non seulement une inégalité salariale selon le sexe, mais aussi des ghettos d'emplois féminins. En lui présentant le travail comme la clef de son émancipation qui lui permettrait de mieux choisir sa forme de vie, l'intégration au modèle dominant, pour lequel un individu est assigné à une fonction, un usage, s'est faite en douceur. Par l'argument fallacieux de la libération des femmes et par l'illusion de son entrée dans la sphère publique, le travail est devenu la nouvelle caution d'existence qui n'est plus qu'économique, et s'est constitué comme une fin en soi.

Les Femmes Maudites emmerdent les femmes qui clament leur féminisme tout en intégrant le modèle masculin et en limitant leurs revendications à de meilleures conditions de travail, à une parité numérique, à des revendications salariales. Accepter cela revient à ne plus considérer le travail comme une aliénation du corps et de l'esprit, comme un conditionnement social, comme un synonyme d'esclavage. Rien humainement ne justifie un système basé sur l'argent et le travail. En devenant des travailleuses salariées, les femmes sont devenues les rouages d'une machinerie sociale créée par les hommes. Elles sont passées d'une domination à une autre, de celle du mari à celle du patron, d'une exploitation à une autre, de celle du foyer à celle de l'entreprise. Elles ont accepté et se sont approprié les codes de la virilité avec la promesse sociale par l'effort, la compétition, la rentabilité, l'opportunisme, l'individualisme.
C'est ça l'émancipation ? En travaillant de plus en plus, en consommant de plus en plus, les femmes pérennisent le système capitaliste qui fait des individus des êtres flexibles, sur-médiatisés, sous-conscientisés, sédentaires dans leurs références théoriques mais mobiles dans leurs capacités d'exploitation. La femme ne pourra en aucun cas s'affranchir à l'intérieur de ce système. Le patriarcat et le capitalisme doivent être différenciés (la domination des hommes sur les femmes a existé bien avant le capitalisme), mais combattus de front. Ni l'intégration du/au modèle masculin par l'égalité économique, ni l'instauration d'un modèle matriarcale à l'intérieure du système capitaliste ne peuvent représenter des solutions satisfaisantes. Seule la destruction totale de ce système fondé sur l'argent et le travail crée par les hommes pourra libérer les femmes de l'emprise masculine.

BOOM

Contact : femmesmaudites@freesurf.fr

Les Femmes Maudites – mai 2003

20 octobre 2005

6/10 femmes aimeraient travailler

98.02_09Merci Oyat pour cette info.
La suite de l'article sur le site www.travail.gouv.fr !

13 octobre 2005

Oser être femme au foyer - mère au foyer *

A contre-courant des féministes, Marie-Pascale Delplancq-Nobécourt prétend que rester à la maison relève d'un choix

En ces temps où l'on clame que l'épanouissement passe par l'emploi, on peut encore être femme au foyer et fière de l'être. C'est ce qu'affirme Marie-Pascale Delplancq-Nobécourt dans son ouvrage "Oser être mère au foyer" (Albin Michel). L'auteur entend lutter contre les idées reçues: loin d'être une fatalité, rester à la maison peut être un vrai choix. La société doit cesser de dévaloriser ces 2,5 millions de femmes en considérant qu'elles sont inutiles. La plupart sont au contraire hyperactives, ajoutant souvent le bénévolat aux multiples tâches que requiert l'éducation des enfants. A l'heure où l'on a tendance à n'exister que par son statut social, certaines mères revendiquent que leurs activités bénévoles soient considérées comme une expérience professionnelle lors d'une éventuelle recherche d'emploi. En attendant, disent-elles, leur situation les comble: "Les mères au foyer le sont avec plaisir, elles sont épanouies et heureuses. Si on leur donnait la possibilité de quitter leur travail, beaucoup de femmes resteraient à la maison", soutient Edith Betsch, présidente de l'Union nationale des femmes actives au foyer.

Une vision idyllique que ne partagent pas les associations féministes. Celles-ci dénoncent au contraire la situation souvent précaire de la plupart des mères qui restent à la maison. Selon une enquête récente de l'Insee, 6 femmes au foyer sur 10 souhaiteraient travailler. Si le nombre de mères au foyer a augmenté ces dernières années, passant de 4 à 25%, c'est en raison de l'allocation parentale d'éducation (APE). Créée en 1985, cette mesure permet à un parent de percevoir 3 000 francs par mois pour élever ses enfants.

"La part de choix est quand même limitée" "Nombreuses sont celles qui étaient en situation précaire avant de toucher l'APE. La réalité, c'est que beaucoup de femmes sont au foyer parce qu'elles n'arrivent pas à trouver un emploi. La part de choix est quand même limitée", affirme Agnès Guerin-Batesti, porte-parole de l'association Mix-Cité.

Pourtant, à l'instar de Marie-Pascale Delplancq-Nobécourt, d'autres femmes affirment aujourd'hui haut et fort que leur rôle de mère au foyer constitue une activité à part entière et librement consentie. "Le fait que, désormais, certaines femmes en nombre minoritaire revendiquent leur activité de mère au foyer, et veulent la voir reconnue, est un phénomène social, estime Michel Bozon, sociologue à l'Ined. C'est une façon de s'aligner sur le modèle professionnel établi. Cela prouve qu'aujourd'hui tout le monde veut avoir une profession."

Par Marie-Laure Hardy

Quelle: L'Express du 08/03/01

*"Oser être mère au foyer" (Albin Michel)
de Marie-Pascale Delplancq-Nobécourt

29 septembre 2005

Deux manières d'être femme au foyer*

Aujourd'hui, l'image de la femme au foyer a changé. Alors qu'au dix-neuvième siècle la femme au foyer avait un rôle ostentatoire de représentation des biens matériels et culturels de la famille et que son travail domestique devait rester invisible (Blunden, 1982), de nos jours, elle ne peut rester à ne rien faire et s'en vanter. La légitimité des femmes au foyer réside dans le travail domestique qui doit prendre de plus en plus de temps. Et l'on voit apparaître ainsi une nouvelle attitude, celle du "faire semblant d'activité" (de Singly, 1987). La référence au travail est telle que les femmes au foyer arrivent à nourrir de véritables sentiments de culpabilité de ne pas exercer d'activité professionnelle. Dans cette situation, comment se pose la question de la place des loisirs dans la vie des femmes au foyer ? Cette question vise également à réexaminer l'idée selon laquelle les femmes au foyer constituent un groupe homogène dans son identité et ses représentations.

Grâce à une association de loisirs(1), on a rencontré des femmes au foyer en situation de loisirs et ainsi pu observer l'hétérogénéité de leur rapport aux loisirs, reflet aussi d'une divergence dans le rapport au travail domestique. La relation originale qu'elles construisent entre leur temps de travail et leur temps de loisir révèle ce qu'elles se représentent être une femme au foyer et est à la base de leur propre identité.

Peuvent être repérés deux types différents de femmes au foyer. le premier type est constitué de femmes plutôt tournées vers la vie extérieure alors que, dans le second type, on rencontre des femmes plus repliées sur leur vie à l'intérieur du foyer.(2)

Aucune de ces femmes au foyer ne dit se reconnaître dans les tâches ménagères quotidiennes. Il y a consensus. Le travail domestique n'est pour elles qu'un éternel recommencement. Le plaisir peut, néanmoins, exceptionnellement apparaître lorsque la routine quotidienne laisse la place quelques instants à l'extraordinaire. La préparation d'un repas de fête reste du travail domestique mais n'apporte pas la routine désagréable de la cuisine coutumière. Aussi, pour résoudre la frustration qu'elles ressentent dans le travail domestique quotidien -et- sans fin, ces femmes au foyer cherchent-elles à le réduire au temps et à l'importance juste nécessaires pour s'acquitter des tâches principales, sans que cela nuise aux membres de la famille. Il peut aussi également arriver que le temps des loisirs prenne le pas sur le temps de travail. Le matin est pour l'ensemble des femmes au foyer généralement réservé au travail domestique mais il arrive bien souvent que les femmes attirées par la vie extérieure à la famille le vouent à des activités de loisirs, hors de la maison. En le comprimant et en le subordonnant à d'autres occupations, les femmes au foyer du premier type estiment enlever au travail domestique son caractère aliénant car répétitif et déresponsabilisé. Elles trouvent un temps à soi et pour soi dans lequel elles se réalisent pleinement, un temps de loisirs généralement vécu dans l'association.

Ce temps de loisirs devient ainsi le temps de référence de la vie quotidienne de ce groupe de femmes au foyer. Leur journée est davantage construite sur les activités à l'extérieur plutôt que sur celles de la maison. Cette attitude provient d'un réel besoin de se sortir de chez elles. Mais un équilibre savamment dosé doit être trouvé entre les loisirs à l'extérieur et le travail domestique à l'intérieur du foyer, sans quoi les loisirs deviendraient routiniers au même titre que le travail domestique. Les loisirs doivent impérativement conserver ce caractère d'évasion et d'extraordinaire opposé au cours ordinaire de la vie à la maison.

Prises dans ce rapport original entre le travail domestique comprimé et subordonné et les loisirs privilégiés, les femmes au foyer tournées vers les activités hors de la maison se construisent une identité tout à fait particulière. Les seuls rôles de mère et d'épouse ressemblent, pour elles, à un double enfermement. Un enfermement symbolique, un repli sur leur propre univers mental, sans confrontation avec celui des autres, mais également un enfermement physique. Le travail domestique se fait à l'intérieur du foyer et offre peu de possibilités d'en sortir. Les activités de loisirs sont alors une belle occasion pour retrouver une sociabilité qui leur soit propre, pour se construire un espace individuel en dehors de leur cercle familial. Mais il serait faux de penser que ces femmes sont insatisfaites de leur vie familiale et que ces activités de loisirs constituent une échappatoire. Elles ont choisi de plein gré de rester au foyer mais pour s'y plaire, elles ont besoin de conserver une identité personnelle qui leur permette de maintenir des échanges intéressants avec la famille. Ainsi les femmes au foyer de ce premier type ne basent pas toute leur identité sur les rôles que leur assigne le travail domestique mais s'affranchissent de cette référence pour plutôt utiliser le temps des loisirs comme le modèle de leur identité. Elles ne considèrent pas ce temps comme futile, dérisoire, ou bien encore réservé à des oisives. Elles trouvent dans ce moment la possibilité de joindre une dimension sensorielle à leur vie essentiellement médiatisée par la famille. C'est l'image de la femme avant celle de la mère et celle de l'épouse que ces femmes au foyer mettent en avant et dans laquelle elles veulent faire reconnaître leur valeur.

Pour le second type de femmes au foyer, l'articulation est tout à fait différente entre le travail domestique et les loisirs. Ces femmes n'envisagent pas le travail domestique de la même façon que les femmes au foyer plutôt extériorisées : elles avouent sans fausse honte le plaisir tiré des tâches ménagères. Elles apprécient de s'occuper de leur maison.

Pour elles, le travail domestique est une affaire sérieuse qui doit être organisée. Du fait des nombreuses tâches avec lesquelles elles doivent jongler toute la semaine, il leur est nécessaire d'avoir un solide planning. D'autant que le travail domestique leur est entièrement dévolu et qu'elles désirent vraiment s'acquitter de toutes les tâches ménagères. La femme de ménage serait dans ces conditions perçue comme une rivale. De même le mari reste étranger à toute question domestique comme si à chacun correspondait une tâche précise, le travail professionnel pour l'homme et le travail domestique pour la femme avec une politique de non-ingérence dans les affaires d'autrui. En fait, l'organisation du travail domestique vise moins à simplifier la vie de la femme au foyer qu'à faciliter celle de la famille. Ces tâches ménagères s'effectuent lorsque les femmes sont seules à la maison et tout doit être mis en place et préparé avant que le mari et les enfants ne rentrent. Elles calquent ainsi leur temps de travail sur celui de leur famille.

Comment définissent-elles alors le temps des loisirs ? Pour ces femmes tournées vers leur foyer, les loisirs sont la distraction, la liberté, l'antithèse du travail domestique. Ils permettent de "décompresser" et, lorsque ces femmes vont à l'association, de garder des contacts avec la société globale. Ils doivent absolument garder ce caractère de détente. S'il devient difficile de concilier les heures de travail domestique et celles de la liberté, les femmes au foyer ne voient plus l'intérêt de poursuivre les activités de loisirs. Mais le plus important reste que ces loisirs ne doivent jamais porter préjudice à la bonne marche de la maison. Tout se passe comme si les femmes au foyer poursuivaient des loisirs au moment où, si elles ne disaient rien, personne ne s'en apercevrait. Ainsi on constate que l'espace de référence pour ce type de femmes reste le foyer. Les quelques heures de liberté et de loisirs qu'elles s'accordent dans la semaine deviennent la récompense bien méritée après un travail bien fait. Ces temps libres ne sont pas ressentis comme un véritable besoin comme c'est le cas pour le premier type de femmes au foyer mais au contraire sont pris avec l'accord tacite de la famille. En fait, toutes les actions de ces femmes sont recomposées dans des logiques familiales. Ces femmes au foyer se représentent avant tout comme mère et épouse. C'est dans la reconnaissance par la famille de leurs "bons et loyaux services" qu'elles recherchent leur valeur. Elles ne peuvent se décréter elles-mêmes bonne mère et bonne épouse sans avoir l'assentiment des autres. C'est par la médiation de la famille valorisant leur travail quelles peuvent se construire une image d'elles-mêmes et se situer par rapport aux autres.

Ces deux types de femmes au foyer donnent sensiblement les mêmes définitions au travail domestique et aux loisirs. Pour les femmes plutôt orientées vers l'extérieur comme pour celles davantage centrées sur leur foyer, le travail domestique relève des mêmes activités : ménage, organisation de la maison, éducation des enfants, etc. Les loisirs sont, pour ces deux groupes, ce qui se fait le plus souvent à l'extérieur du foyer, ce qui n'est pas. obligatoire et qui est effectué en vue d'un plaisir personnel. La distinction réside dans l'investissement différent que ces femmes engagent dans ces deux sortes d'activités, investissement en partie mesuré par la durée qu'elles accordent à chacune. Le temps du travail domestique, chez les femmes tournées vers le dehors, est comprimé pour privilégier le temps pour soi et retrouver une identité personnelle affranchie de la médiation valorisante de la famille. Pour les femmes centrées sur leur famille, le temps de travail domestique est étendu. Ces femmes construisent leur identité sur les compétences que leur famille leur reconnaît dans le travail du foyer.

Mais malgré ces différences dans l'investissement des temps de loisir et de travail domestique, on constate néanmoins des comportements partagés par toutes les femmes au foyer. Elles s'engagent toutes à des degrés divers dans des processus de sortie de leur foyer afin de poursuivre quelques activités de loisirs. Elles viennent toutes à ce propos à l'association. Ces femmes tiennent un discours analogue à propos de leur rôle au sein de la famille. Si elles le ' jouent de façon différente, elles le conçoivent en grande partie de la même manière, par référence à deux modèles apparemment contradictoires :

Le modèle traditionnel de la femme au foyer : celle-ci a des devoirs. Sa vie s'organise autour de l'éducation des enfants, de la surveillance de la bonne marche de la maison, de l'aide au mari qui peut aller jusqu'à un rôle de bonne représentation de la famille ;
Le modèle moderne de la femme libérée. Elle n'hésite pas à sortir de chez elle, tout comme le fait une femme salariée mais sans subir les inconvénients de la conciliation travail/famille.
Si les femmes se reconnaissent dans ce modèle idéal de la femme au foyer, elles se différencient par contre dans la façon dont elles le réalisent dans leur vie quotidienne. Certaines femmes privilégient le modèle moderne de la femme au foyer qui s'extériorise de son univers domestique. Les autres se reconnaissent davantage dans le modèle traditionnel.

Emmanuelle Maunaye, Temporalistes, n° 17, Les temps familiaux, mai 1991, pp. 11-15.
Université de Rennes

Cet article est extrait de "Deux types de femmes au foyer, l'exemple de Cesson-Accueil", mémoire de maîtrise, Université de Rennes II, 1990, directeur : F de Singly.

Notes
La recherche a été menée dans l'association de Cesson-Accueil, qui comptent plus de 90% de femmes au foyer parmi ses adhérentes. Cesson-AVF Accueil fait partie des associations AVF (Accueil des Villes de France) que l'on retrouve disséminées dans toute la France et même à l'étranger. Une charte des Accueils des Villes de France (rappelant les buts des AVF dans l'intégration des personnes nouvellement arrivées dans une ville) et les élections des bureaux municipaux, régional et national permettent de relier toutes les associations dans une organisation parfaitement structurée. Pratiquement, Cesson-AVF Accueil propose de nombreuses activités que l'on a regroupées en quatre grandes catégories : les activités manuelles, les activités artistiques, les activités ludiques, les activités sportives. Des prêts de livres sont également organisés ainsi que de nombreuses excursions, conférences, etc. Cette association fonctionne tous les jours sauf le mercredi, de 9h à 18h, et suspend ses activités à chaque congé scolaire.
On peut penser que si cette variation est observée à l'intérieur d'un groupe de femmes qui fréquentent une association de loisirs, le clivage est encore plus net lorsqu'il est mesuré pour l'ensemble des femmes au foyer.
Références
Blunden, K. (1982) Le travail et la vertu. Femmes au foyer : une mystification de la Révolution Industrielle, Payot, Paris, 220 p.
Delphy, C. (1978) Travail ménager ou travail domestique ?, in A. Michel (sous la dir.) Les femmes dans la société marchande, P.U.F.,Paris, pp. 39-54.
Kaufmann, J-C. (1988) La chaleur du foyer. Analyse du repli domestique, Méridiens Klinkcksieck, Paris, 190 p.
Singly, F. de (1990) Fortune et infortune de la femme mariée, P.U.F, Paris, nouvelle édition réactualisée, 229 p.
Singly, F. de (1 987) La journée double in Informations Sociales, No 5.

24 septembre 2005

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