26 avril 2007
Blanchisseuses de fin
Emile Zola raconte dans ” L’Assommoir ” la vie de
Gervaise, qui réalisa son rêve, ouvrir une petite boutique de
blanchisserie, dont l’enseigne affichait fièrement ” Blanchisseuse de
fin ” .
Edgar Degas étudia les ouvrières des blanchisseries, particulièrement le moment où elles repassent le linge.
Quand Degas rencontre Zola, on obtient cela :
” Gervaise, les premiers jours, éprouvait des joies d’enfant, quand elle traversait la rue en rentrant d’une commission. Elle s’attardait, souriait à son chez-elle. (…) Dans la vitrine fermée au fond par de petits rideaux de mousseline, tapissée de papier bleu pour faire valoir la blancheur du linge, des chemises d’homme restaient en montre, des bonnets de femme pendaient, les brides nouées à des fils de laiton.”

” L’établi , une immense table tenant les deux tiers de la pièce, garni d’une épaisse couverture, se drapait d’un bout de cretonne pour cacher les tréteaux. Gervaise s’asseyait sur un tabouret, soufflait un peu de contentement, heureuse de cette belle propreté, couvrant des yeux ses outils neufs. Son premier regard allait toujours à sa mécanique, un poêle en fonte, où dix fers pouvaient chauffer à la fois, rangés autour du foyer sur des plaques obliques. ”

” Chacune, à sa droite, avait son carreau, une brique plate, brûlée par les fers trop chauds. Au milieu de la table, au bord d’une assiette creuse pleine d’eau claire, trempaient un chiffon et une petite brosse. (…) Mme Putois avait attaqué le panier de linge préparé par Gervaise, des serviettes, des pantalons, des camisoles, des paires de manches. Augustine faisait traîner ses bras et ses torchons, le nez en l’air, intéressée par une grosse mouche qui volait. Quant à Clémence, elle en était depuis le matin à sa trente-cinquième chemise d’homme. ”

” Clémence prenait un fer à la mécanique, avec sa poignée de tôle garnie de cuir, et l’approchait de sa joue, pour s’assurer s’il était assez chaud. Elle le frotta sur son carreau, l’essuya sur un linge pendu à sa ceinture, et attaqua sa trente-cinquième chemise, en repassant d’abord l’empiècement et les deux manches.”

” Elle était toujours dans les chemises d’homme. Mais oui, elle vivait là-dedans. Ah Dieu de Dieu ! elle les les connaissait joliment et savait comment c’était fait. Il lui en avait passé par les mains des centaines et des centaines. Tous les blonds et tous les bruns du quartier portaient de son ouvrage sur le corps. ( … ) Elle avait marqué cinq grands plis dans le dos, en introduisant le fer par l’ouverture du plastron; elle rabattait le pan de devant et le plissait également à larges coups. ”

” Gervaise acheva enfin la coiffe du bonnet de Mme Boche. Elle en avait ébauché les dentelles, les étirant à la main, les redressant d’un léger coup de fer. C’était un bonnet dont la passe, très ornée, se composait d’étroits bouillonnés alternant avec des entre-deux brodés. Aussi s’appliquait-elle, muette, soigneuse, repassant les bouillonnés et les entre-deux au coq, un oeuf de fer fiché par une tige dans un pied de bois .”
Ma grand-mère ( c’est Grillon qui écrit là, non plus
Zola, lol ! ) était blanchisseuse comme Gervaise, et je me souviens
bien de sa boutique et de ses deux ouvrières toujours gentilles avec
moi, gamine de quatre ans … Je faisais la sieste dans un panier à linge
en osier rangé sous les chemises suspendues comme des voiles féériques
au dessus de ma tête.
Ah le coq, oui, je le vois encore ce coq qui formait de si jolies
manches ballon bien gonflées dans les robes de petites filles !
Toujours notre Grillondufoyer Merci à toi.
20 avril 2007
Ah Rachmaninov !
Ah Rachmaninov ! disait Tom Ewell d’un air grave et pénétré à la frémissante Marilyn Monroe dans ” Sept ans de réflexion ”

Comme lui je suis folle de Rachmaninov !
Ce film là :
grave de manière inoubliable son concerto n°3 dans notre esprit.
Un autre film fait une allusion plus lointaine à Rachmaninov, c’est ” Le Journal de Bridget Jones “.
Ma chère Bridget chante en pyjama sur son canapé la chanson de Céline Dion ” All by myself ”

L’air de cette célèbre chanson est tiré directement du concerto n°2 de Rachmaninov, c’est l’adagio sostenuto.

Merci à ma fille n° 3 de m’avoir fait écouter ce concerto n2, j’écoute constamment le 3 en sautant sur le 2, mais vraiment, cet adagio sostenuto est bien tombé dans l’oreille du compositeur d’All by myself . Ce qui fait dire que le titre est mensonger, ce n’est pas tout à fait all by myself, by Rachmaninov aussi !
Une fois n'est pas coutume...un peu de musique chez les mères au foyer ! Merci à Grillondufoyer
19 avril 2007
Curriculum Vitae en peinture
Je suis FAF depuis trente ans.
Imaginons que j’aie essayé de rédiger mon CV il y a vingt-cinq ans pour tenter de travailler :

La tête de mon mari !
Imaginons une nouvelle tentative vingt ans plus tard :

Mari compréhensif, mais CV sans espoir !
Non, je resterai FAF, et j’en suis fière !
( toutes mes excuses, j’ai oublié le nom de ce peintre !)
Merci à Grillondufoyer pour cet original CV...
16 avril 2007
Couture dans la toile
La couturière semble avoir charmé de nombreux peintres. Une femme
absorbée dans son minutieux travail d’aiguille donne à l’artiste un
modèle tranquille , posant sans poser, lui offrant tout le temps
nécessaire à l’étude des formes et des gestes, de l’expression, du jeu
de lumière .
Ce sujet, très séduisant pour la Femme au Foyer amateur à la fois de couture et de
peinture que je suis, a fourni aux artistes l’occasion de peindre de
magnifiques tableaux.
Couture en groupe et en plein air :

Max Liebermann, Städel Francfort
Ou bien couture dans la quiétude isolée du salon :

Charles Tarbell Canajohorie art gallery New York
Ou couture dans la cuisine en surveillant le pot-au-feu :

Martin Drolling , détail de ” Intérieur de cuisine ” musée du Louvre

Joseph Paul Meslé A la cuisine, musée des beaux arts de Rennes
Couture au jardin sous les frondaisons printanières :

Mary Cassatt, musée de Boston
Merveilleuse Mary Cassatt, qui nous montre toujours de manière si touchante l’attachement des enfants envers leurs mamans très occupées …

Mary Cassatt, Metropolitan museum of art, New York
Couture le soir, sous la performante lampe day-light , en écoutant plus que regardant la télévision :

Jean-François Millet
Papa peint et maman coud . Les peintres devaient saisir sur le motif ( de broderie ! ) leurs épouses ou parentes.

Camille Pissaro Art Institute Chicago

Odilon Redon Metropolitan New York

Auguste Renoir musée de Boston

Edwin Thomas Johns Ipswich Museums Suffolk Angleterre
Je termine cet article tout peuplé de couturières par une scène lumineuse de Berthe Morisot. Cousait-elle aussi bien qu’elle peignait ?
Un grand merci à Grillondufoyer pour cet article...piquant !
12 avril 2007
Petite histoire du bidet
Qui possède encore cette étrange cuvette dans sa salle de bain : le bidet ?
Un
jour, cette amusante question fut posée dans le forum des FAF :
qu’avez-vous fait ou que faites-vous maintenant de votre bidet ?
Bonne question !
Aujourd’hui, il peut servir de baignoire aux jeunes enfants, de bain de pieds, de rangement divers, d’urinoir de secours …
On crie ” haro sur le bidet ” !
On se débarrasse le plus souvent de cet appareil sanitaire obsolète et encombrant.

” Bidet ” est dans son premier sens un petit cheval, ” A dada sur mon bidet ” dit la chanson enfantine.
Comme on monte à califourchon sur la dite cuvette comme sur un cheval, on lui donna ce nom de ” bidet “.
Il apparut en France à la fin du XVIIème ou au début du XVIIIème
siècle, et cet objet est bien représentatif de l’esprit libre et
libertin du XVIIIème siècle.
Dans ce retour à la nature cher à Rousseau, et dans cette mode du repli
sur soi chère à Louis XV, on redécouvre son corps et le plaisir des
ablutions.

Antoine Watteau, La Toilette intime, collection privée.
Le tableau de Watteau est plein de retenue, mais François Boucher a peint une jeune femme à dada sur son bidet de manière plus provocante et que je n’ose pas montrer !
Les petits appartements de commodité se
développent et s’équipent dans les maisons aristocratiques du XVIIIème
siècle, on installe des salons de bain, lieux intimes où les bidets ,
vrais meubles d’ébènisterie, sont d’abord utilisés indifféremment par
les hommes et les femmes, puis ceux-ci deviendront au XIXème siècle
d’un usage exclusivement féminin et endosseront une réputation
sulfureuse et dérangeante.
Napoléon 1er posséda plusieurs bidets, dont un en vermeil, madame
Dubarry en avait un en argent, madame de Pompadour en avait un en bois
de rose marqueté avec cuvette en étain et pieds en bronze doré, et un
autre en noyer avec cuvette en porcelaine de Sèvres.

Louis Léopold Boilly, La Toilette intime ou La Rose effeuillée.
La rose effeuillée, on s’en doute, est un symbole …
La cuvette prit une forme de violon et les ébènistes, ” luthiers ” de bidet, fabriquèrent des boîtes de voyage.
On inventa des bidets doubles, ” dos-à-dos” , pour deux personnes, sans
doute réservés aux maisons closes, où on se lavait de concert dans
cette cuvette de forme musicale !
Le bidet prit des surnoms farfelus :
” Le petit cheval hygiènique ” en Italie , ” La guitare hygiènique ” en
Espagne, ” La boîte à violon ” ou ” Le petit indiscret ” en France.
L’Europe du Nord rejeta l’usage de cet engin contraire aux bonnes moeurs.
Les femmes préfèreront cacher cet objet sujet aux critiques, et pouvaient le choisir sur catalogue, et se faire livrer.
Une anecdote :
Une maîtresse de maison vérifiait un soir la table dressée par ses
domestiques, et eut la grande surprise et la gène de voir son nouveau
bidet en porcelaine, qu’on venait de lui livrer, présenté en centre de
table !
J’ai puisé ces renseignements dans ” Le Livre du Bain ” de Françoise de Bonneville aux éditions Flammarion.
( et pardon pour ce sujet un peu dérangeant !)
Merci à Grillondufoyer pour cet article "coquin"
09 avril 2007
Chemises blanches
Une chemise blanche peut être une arme de séduction massive. Quoi de plus troublant qu’un homme vêtu d’une chemise de coton blanc, dont l’ampleur magnifie la silhouette ? ! Les effets de contre-jour ajoutent à nos fantasmes et nous voilà désarmées, dévastées, nous faibles femmes !
Je pense au syndrôme de la ” wet shirt ” , cette inoubliable chemise mouillée , que seules les fans de Pride and Prejudice connaissent …

Ah, he’s just too good to be true … comme dit la chanson
Un tableau m’avait subjuguée pour sa luminosité , et aussi ce dos chemisé de blanc , le voici :

Karoly Ferenczy, ” Oktober “, 1903, musée de Budapest
Une exposition des chefs-d’oeuvres du musée de Budapest avait eu lieu au musée des beaux arts de Dijon il y a une dizaine d’années, et elle m’avait enthousiasmée au plus haut point. Je rêve d’aller à Budapest depuis cette expo !
J’aime aussi porter moi-même des chemises
blanches, très pratiques à assortir, intemporelles, et j’aime les
chiner dans les brocantes et trocs et puces, car le coton et le lin
blancs peuvent être lessivés, javelisés, et retrouver leur éclat
d’antan.
J’aime aussi glaner des galons de toutes sortes dans les puces, je les
enferme dans les petits filets pour pastilles de lessive, afin de les
laver en machine.
Voici quelques exemples de chemises de grand-père, achetées deux euros six sous, que j’ai ornées de séries de galons …
C’est ainsi qu’on prend du galon !
Merci à Grillondufoyer pour cet article et cette si belle photo de Colin...aahhhhhh
06 avril 2007
L'art du tricot
L’art du tricot, ou le tricot dans l’art … le tricot est dans l’air, à nouveau à la mode après un abandon ingrat .
Je m’y suis remise !
après quinze ans d’ignorance de cette sage occupation des dix doigts,
je viens de tricoter en trois mois une veste pour mon mari , une veste
pour moi, et j’attaque un pull pour une de mes filles. Chacun sera
pourvu pour descendre la poubelle !
Non, je ne compte pas détailler mes productions, mais faire part de mon
plaisir de retrouver le tricot dans les toiles de maîtres .
Une toile à l’envers,
une toile à l’endroit !
( Trompe-l’oeil de Cornelius Gijsbrechts, Musée de Copenhague )
Un sujet bien anodin le tricot, qui donne de charmants tableaux.
Jules Breton et Jean-François Millet, par exemple, ont si bien décrit les femmes dans leurs tâches ménagères.
Leur regard est attendri et respectueux. Ils ont fait du rôle de la FAF une noble mission.

Jules Breton, Femme tricotant, Metropolitan museum, New-York

Jean-François Millet, la leçon de tricot, Williamstown

William Bouguereau Jeune fille tricotant

Anna Elizabeth Klumpke

Edmund Charles Tarbell, Femme tricotant, Corcoran gallery Washington
Que nous tricotions en plein air par un bel après-midi de printemps, ou dans la quiétude d’une maison bien rangée ( ? ! ) , le tricot agite les doigts, et laisse vagabonder l’esprit, ah le beau loisir que voilà !
Merci à Grillondufoyer pour cet art du tricot si bien tricoté !
03 avril 2007
Nos "roberts"
Après l’allaitement illustré dans la peinture, je reprends ici un petit article que j’avais consacré à monsieur Robert l’été dernier.
Il intéressera peut-être les mamans qui se demandent éventuellement
pourquoi notre poitrine, objet de tous les fantasmes masculins, et
affublée des noms les plus farfelus, pourquoi nos nichons, lolos,
nénés, roploplos, totottes, doudounes ou airbags, pourquoi donc nos
seins s’appellent-ils aussi des roberts ?
Dans toute cette terminologie, on ne sait plus à quel sein se vouer !
Non, ce n’est pas à cause de Robert Kennedy qui admirait tant ceux de Marilyn !
Regardons bien sûr dans le Robert !
Et nous trouvons que monsieur Robert était fabricant de biberons . Ah ben voilà, ça explique tout, pas besoin des seins de dessin !
Mais pourtant, mon dessein est de passer quelques dessins :

Ce dijonnais
créa son entreprise en 1869, puis , vu l’énorme succès de sa création
dédiée aux moutards de Dijon, il partit s’installer à Paris en 1888.
Il fabriqua d’abord des biberons à tube, ce qui fut ensuite interdit, peut-être un risque d’étranglement du bébé …

Il inventa le biberon sans tube :
Les tétines des biberons aujourd’hui ont plusieurs vitesses, autrefois il était question de soupapes :

Toujours question de turbo en somme. Et cela contribue à préserver notre carrosserie, l’entreprise Robert a en quelque sorte émancipé nos roberts naturels !
L’année dernière dans mon article, j’avais fait une erreur, j’avais établi une relation avec le nichon des anglaises qu’on nomme ” boob ” et je pensais que ces boobies avaient eux aussi un Robert à leur origine, mais non, ce n’est pas le même mot.
Autre erreur de vocabulaire, j’entendis un jour cette conversation dans un musée :
une dame demande à son amie : ” Qu’est ce que c’est l’hagiographie ? ”
L’amie répond : ” C’est un autre nom pour la mammographie .”
J’ai ri de bon coeur. En effet l’hagiographie est le récit de la vie
des saints. La mammographie est le récit ( médical ) de la vie des
seins.
L’adjectif ” hagiographique ” est synonyme par extension de ” élogieux, laudatif “. Une hagiographie peut être un éloge excessif, une description dithyrambique . Alors dans ce cas, je pense qu’un homme très amoureux de la poitrine d’une femme, peut faire une hagiographie de ses seins !
Merci à Grillondufoyer pour son article "clin d'oeil" très instructif
Sources : http://www.histoire-du-biberon.com/
30 mars 2007
L'allaitement vu par les peintres
Cet article pourrait s’intituler “the milky way ” !
( il faut des forces à la maman pour allaiter, un Milky Way ou un Mars , et ça repart ! lol ! )
Les peintres ont souvent représenté le précieux moment de l’allaitement dans leurs oeuvres.
Jusqu’au début du XVIIème siècle, ce fut un sujet principalement religieux , les peintres montraient la Vierge allaitante.

Jan van Eyck ( 1370-1441 ), Städel, Francfort …. et le Maître de Flemalle ( 1375-1444 ), Städel, Francfort
Dans les nativités de cette époque , le sein virginal semblait parfois surgir du corsage d’une manière surprenante, et tout au long des siècles, sa forme varia du têton modeste de Lucas Cranach aux généreuses mamelles de Rubens.
J’ai cherché le mot ” sein ” dans le dictionnaire, et je découvris avec surprise qu’il vient du latin ” sinus
” désignant une courbe ou un pli concave, et spécialement le pli creux
de la toge en travers de la poitrine, où les femmes portaient leurs
bébés. D’où vient ainsi le sens intérieur du mot ” sein “.
Le sein désigne donc aussi le vallon qui se trouve entre les deux seins.
Au XVIIème siècle, Rembrandt a rendu cette scène religieuse de la maternité particulièrement humaine et émouvante. J’ai déjà montré la “Sainte Famille ” dans ce blogue l’été dernier, et la montre à nouveau par pur plaisir :

Rembrandt, Sainte Famille dans l’atelier de menuiserie, 1634, Alte Pinakothek, Munich

Le détail bien observé de la petite goutte de lait et le réalisme attendri du bébé repu touchent au coeur les fidèles, et chaque mère se retrouve un peu dans cette Vierge Marie, qui n’est pas une beauté idéalisée, mais une vraie maman.
A propos, le mot ” maman ” vient de ” mamelle ” .
Les mamelles de la France, Honoré Daumier les a bien campées dans ce tableau :

Daumier, Esquisse de la République, musée d’Orsay
On saute du sujet religieux au sujet politique.
Ici,
il s’agit du premier tableau à la peinture à l’huile de Daumier, qui ,
jusqu’à l’âge de quarante ans, ne produisit que des dessins.
En 1848, Ledru-Rollin, ministre de l’Intérieur, lança un concours aux
artistes pour représenter la République. Les conditions imposaient de
réunir en une seule figure les symboles de Liberté, Egalité, Fraternité.
Daumier n’a hélas pas remporté le concours et n’est pas allé plus loin
que son esquisse, bien qu’il eût rempli les conditions. Cette
plantureuse femme assise représentait bien la stabilité d’une
république forte nourrissant et instruisant ses enfants.
Dans la peinture hollandaise du XVIIème siècle, la mère allaitant figura parmi les scènes de genre et se regarde avec grand plaisir :

Pieter De Hooch, musée de Detroit.

Pieter De Hooch, Gemäldegalerie, Berlin
Dans ce dernier tableau, la scène se situe juste avant l’allaitement, nous avons l’image, mais pas le son : nous devrions entendre les pleurs de bébé réclamant la tétée pendant que sa maman délace son corsage.
L’envie me prend de remettre ici la compagne du peintre Renoir allaitant leur fils Pierre ( ils se sont mariés plus tard ), tableau que j’avais montré en janvier :

Renoir, musée d’Orsay.
Le peintre Maurice Denis a peint aussi des maternités :

Maurice Denis, Femme allaitant aux manchettes de dentelle, musée des Beaux Arts de Rennes
En
allemand, ( je reviens souvent à cette langue qui a des formules
magiques !) le verbe ” allaiter ” c’est ” stillen ” , et ” still ” veut
dire ” calme “. On connaît le mot ” Stillleben ” qui désigne la nature
morte, c’est à dire “la vie calme” mot à mot. Donc allaiter en allemand
c’est calmer. En effet on calme les cris du nourrisson affamé en
l’allaitant , et d’une manière générale, l’allaitement est un grand
moment de calme.
Dans les tableaux de Denis, on ressent bien cette sérénité.
Que l’allaitement semble naturel et facile quand il est vu par les peintres !
L’artiste qui a peut-être le mieux représenté les mamans allaitantes est l’américaine Mary Cassatt.
Elle a très souvent peint les mères avec leurs enfants, et voici une maternité que je trouve magnifique :

Mary Cassatt, Louise allaitant son enfant, musée de Portland, Oregon.
J’aime le regard fixe du bébé têtant goulument vers sa maman qui le comble de plaisir.
Dans
la réalité, l’allaitement n’est pas toujours aisé, la nature se rebiffe
parfois au grand désarroi des mamans, et parfois aussi, en d’autres
temps, l’ordre social l’empêchait chez les mères de famille royale, de
la noblesse, ou de la haute bourgeoisie, ou chez des femmes forcées de
travailler durement.
Parfois aussi, les drames bloquent la
lactation, je pense notamment aux deux guerres mondiales pendant
lesquelles des mères de tous pays apprirent la mort de leur mari au
front avant d’accoucher, et la douleur morale tarissait leur lait.
Ainsi, des nourrices procurèrent une fratrie à ces enfants privés de
leur sein maternel, et ils eurent ce qu’on appelle des frères de lait.
Quand le talent artistique rejoint la bienveillance de la nature, l’allaitement nourrit de bien belles oeuvres d’art !
Merci à Grillondufoyer pour ses articles toujours passionnants.
26 mars 2007
Les magnolias
Les magnolias annoncent le printemps avec une fière ardeur, et brandissent comme des cierges leurs cônes blancs ou roses qui s’ouvriront en fleurs de lys. Ils ont dans les villes une prestance royale, et peuvent devenir immenses, offrant en été une ombre précieuse.
Mais si en mars le général Hiver souffle encore quelques bourrasques
glaciales, les pétales voltigent et se piquent de roux, laissant sur
les arbres dégarnis et attristés des pistils idiots et de timides
bourgeons vert-tendre.
C’est ce qui se passe chez nous, la floraison est déjà passée.
Son nom vient du botaniste français Magnol.
Un artiste américain a souvent peint la fleur de magnolia : Martin Johnson Heade ( 1819-1904)
Voici quelques unes de ses toiles :

Art Institute Chicago

National Gallery Washington

Timken Museum of art, San Diego
Apparemment en Amérique, les feuilles vertes arrivent en même temps que les fleurs, tandis qu’en Europe, la fleur précède la feuille.
Cet artiste a peint de nombreuses fleurs exotiques, et des fleurs sauvages ou d’arbres fruitiers, mais aussi de magnifiques paysages.
Celui-ci m’épate, il restitue bien la lumière capricieuse, surprenante et splendide du printemps :

Newburyport meadows, Metropolitan, New York
Merci à Grillondufoyer pour son érudition artistique à retrouver sur son blog




